25/01/2006

Révolution: les loyers pourraient être bloqués

Laurette Onkelinx veut mettre un terme aux hausses vertigineuses

BRUXELLES Elle n'a pris que quelques jours à la mer, pendant les fêtes. Pourtant, Laurette Onkelinx (PS) paraît gonflée à bloc, pour sa rentrée de janvier. Avec une vraie révolution qu'elle dévoile dans l'entretien exclusif qu'elle nous accorde: un projet de loi, qu'elle va déposer au Conseil des ministres, pour permettre de... bloquer les loyers en Belgique!

Deux autres projets suivront dans la foulée: un pour obliger à annoncer le prix de location d'un bien dans toute annonce, un autre pour créer un fonds fédéral qui solutionnera les problèmes de garantie locative.

Dans ses 10 commandements pour la fin de législature avalisés la semaine passée, le gouvernement Verhofstadt évoquait, en une phrase, la nécessité d'éviter «que le prix des loyers et les garanties locatives ne pèsent trop lourdement sur le budget des ménages». La vice-Première ministre n'aura donc pas tardé à mettre le voeu en application. «Mais ça fait plusieurs mois que j'y travaille avec mes collaborateurs», assène d'emblée la Schaerbeekoise. «Le gouvernement sera jugé, mi-2007, sur le socio-économique, sur ce qu'il a fait pour le pouvoir d'achat des gens, leur vie quotidienne. Je me prépare à intervenir sur tous les thèmes repris dans les 10 commandements. Et je commence par le logement.»

Parce que la Belgique vit une crise dans ce secteur?

«Pas forcément partout. Mais en certains endroits, oui. On doit faire très attention à ne pas filer vers une situation comparable à l'Angleterre. Les chiffres de l'INS sont tout de même inquiétants.»

En quoi?

«Ils montrent que, pour 75% des Wallons et des Bruxellois, le logement représente en moyenne 32% des revenus. Pour 50% des gens, on est à 40% du revenu! Les familles n'ont pas le choix: pour arriver à se loger, elles doivent rogner sur leurs dépenses de santé ou d'alimentation. C'est un grave problème.»

Comment l'endiguer?

«D'abord par une loi qui permettra un blocage des loyers. C'est une révolution, je sais. Mais elle est nécessaire. Prenez Bruxelles: des gens habitant un logement depuis 1998 ont vu leur loyer augmenter de 25%! Et quand il y a eu changement de locataire ou révision du bail, c'est 40%! Dans le même temps, l'augmentation prévisible par l'indexation normale est estimée à 10%. C'est clair: on est en plein dans l'engrenage de la paupérisation.»

Obligation d'afficher le prix

BRUXELLES Le mécanisme est connu. On feuillette fébrilement le toutes-boîtes d'annonces immobilières qui vient de tomber dans la boîte. On y déniche la perle rare. L'endroit de rêve. Sauf qu'il y manque une chose: le prix. Au mieux, il sera précisé par téléphone. Au pis, il sera nécessaire de se déplacer. Pour tout de même déchanter.

«Mon troisième projet de réforme va permettre de résoudre ce problème», explique Laurette Onkelinx. «Désormais, tout propriétaire publiant une annonce sera obligé d'y mentionner le prix du bien. Cela vaudra pour toutes les publicités, y compris les affiches que l'on met sur la façade.»

La ministre justifie cela par un besoin de transparence et de protection des consommateurs. «On applique bien cette règle pour tous les biens dans le commerce. Pourquoi les loyers y échapperaient-ils?...»

Centraliser les cautions

BRUXELLES Le deuxième projet dont Laurette Onkelinx annonce le dépôt sur la table du gouvernement concerne les garanties locatives. «Pour Monsieur et Madame Tout-le-Monde, le choix d'un logement est bien sûr influencé par son prix, sa qualité et sa situation géographique», explique la ministre. «Mais un autre élément pèse: la caution locative. Auparavant, c'était laissé à l'appréciation du propriétaire. Puis la loi a réglementé: trois mois sur un compte bloqué au nom du locataire, libérés avec l'accord du propriétaire du bien loué.»

Et ça fonctionne, non?

«Pas toujours. Souvent, on demande encore cinq mois: le premier de la location, les trois de la garantie et celui destiné à rémunérer l'agence immobilière qui est intervenue pour aider à louer le bien. La caution fait l'affaire des banques: c'est de l'argent qui dort. Ça ne va pas.»

Vous avez une autre solution?

«Oui: je dépose un projet créant un fonds fédéral centralisé des garanties locatives. Toutes les cautions devraient y être déposées. Cela constituera un matelas financier, qui pourra servir.»

À quoi ou à qui?

«D'abord, le fonds pourra suppléer ou avancer de l'argent aux locataires ne parvenant pas à réunir la somme demandée. Cela pourra se faire en échange d'un étalement du remboursement, adapté aux revenus des personnes concernées. Géré de façon dynamique, l'argent ainsi centralisé pourra aussi servir à intervenir dans le secteur du logement.»

Avec quels types d'intervention?

«Il pourra, par exemple, soutenir les politiques régionales. À l'image de Beliris, il pourra intervenir pour rénover des extérieurs ou des intérieurs de logements. Personne n'y perdra. Les propriétaires auront l'argent demandé. Quant aux locataires, cela leur facilitera l'accès au logement dont ils ont vraiment envie.»

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